Bonjour à tous !
Le juriste que je suis s'interroge et interroge le forum : à quoi sert l'orthographe ?
Dans les médias, dans les conversations, et jusques dans les copies des étudiants de l'enseignement supérieur et aux concours d'entrée des grandes écoles, on assiste à une dégradation spectaculaire du niveau moyen en orthographe !
A la faculté de droit de Poitiers, l'une des premières choses qu'on nous apprend c'est que la langue est un outil. Or, comme tous les outils, il faut l'entretenir, sinon les mots perdent de leur sens et de leur efficacité, ce qui est gênant dans une profession où on passe son temps à les manier.
Le langage est le support de la pensée. Un langage peu rigoureux traduit une pensée tout aussi peu rigoureuse. On pourrait croire que du moment que tout le monde comprend ce n'est pas grave si tel ou tel signe de ponctuation est mal placé ou s'il y a une faute d'accord à tel endroit.
Or il n'est pas indifférent d'écrire, par exemple :
"La police a arrêté les dirigeants de l'entreprise X qui ont falsifié les comptes."
et
"La police a arrêté les dirigeants de l'entreprise X, qui ont falsifié les comptes."
car dans le premier cas justice est rendue à l'entreprise X, alors que dans le second l'image de marque de l'entreprise X prend un sacré coup, puisque tous ses dirigeants sont des escrocs !
Une simple virgule change tout le sens de la phrase, alors je vous laisse imaginer les ravages que peuvent causer des fautes de grammaire ou d'orthographe !
Enfin, une langue correct est gage de sérieux et de confort de lecture. Cela facilite la compréhension du texte et donne une impression favorable au lecteur. Imaginez-vous une secrétaire dont le curriculum vitae serait rempli de fautes d'orthographe ? Pensez-vous qu'elle serait embauchée ?
Quelques conseils pour ceux qui souhaitent améliorer leur production littéraire :
- relisez. C'est simple, efficace, et ça peut être utile. Les fautes sont, le plus souvent, des étourderies faciles à déceler et à corriger. Petit conseil : relire à l'envers en commençant par le dernier mot. Ainsi quand on tombe sur un mot on est amené à se demander s'il s'accorde avec un autre, et, si oui, s'il est correctement accordé.
- consultez les ouvrages de référence. Ce n'est pas une honte d'avoir recours au dictionnaire ou au Bescherelle ! Si vous les avez conservées relisez vos leçons d'école primaire, c'est très instructif, très pédagogique et très bien fait la plupart du temps ! Il existe par ailleurs des ouvrages, parfois ludiques, recensant les difficultés de la langue de Molière. Bibliographie à venir dans un prochain billet.
- faites des phrases. Ca a l'air bête à dire, et pourtant... Une phrase comporte un sujet, un verbe et un complément. Trois phrases simples et courtes mais intelligibles valent mieux qu'une phrase longue et compliquée. Faire des phrases courtes limite le risque de faire des fautes d'accord et, surtout, permet de ne pas arriver à la fin de la phrase en ayant complètement oublié ce qu'on voulait dire au début.
- utilisez les mots appropriés. Les synonymes n'existent pas ! Si on s'est embêté à créer des mots différents c'est pour exprimer des choses différentes. Il y a entre des mots "synonymes" des nuances de sens dont il convient de se demander si elles traduisent bien l'idée qu'on souhaite exprimer. Le risque est d'employer un mot improprement. Quelques exemples d'erreurs, que les journalistes ou les gens dans la conversation commettent tous les jours : "le coupable présumé...", " la loi stipule..."
La présomption de culpabilité n'existe pas en droit français ; seule la présomption d'innocence existe. Présumer c'est tirer d'un fait la preuve d'un autre. Ici cela voudrait dire : "puisqu'il a été arrêté c'est qu'il est coupable !" Or les erreurs judiciaires sont toujours possibles, cf. Outreau, Patrick Dills, etc.
Quant au verbe "stipuler", son emploi est ici impropre : une stipulation est une clause contractuelle, résultant d'un accord de volonté, alors que la loi (ou le règlement) s'impose même à celui qui n'y a pas consenti. Les contrats, les conventions, les traités internationaux stipulent, les lois, les règlements, les décrets, les ordonnances, etc. disposent.
Au pire, employez des mots généraux ("dire", "faire", etc.) : une imprécision est toujours préférable à une faute.
- évitez le langage SMS et les anglicismes !!! Au pire, si vous aimez la fantaisie et si vous vous trouvez sur internet, utilisez les émoticônes ! Au passage, "Mr" est un anglicisme. En français on préferera pour "Monsieur" l'abbréviation "M." (pluriel "MM.").